07 71 81 16 00 f.desuremain@tutamail.com
cabinet AVANTI - 106 cours de Vincennes - 75012 PARIS

[CO-VID(e) ton sac] Notre santé psychique en confinement

Un confinement prolongé peut mettre notre santé psychique à rude épreuve. Courrons-nous tous le risque de devenir fous ? Comment notre cerveau peut-il s’adapter à un manque de lien social qui est pourtant vital pour notre équilibre ? Et si en découvrant notre vulnérabilité émotionnelle durant cet isolement, nous trouvions paradoxalement en elle une ressource précieuse face aux épreuves …

Pourquoi le confinement peut-il causer des troubles psychiques ?

De récentes études, l’une chinoise et l’autre britannique, montrent l’impact psychologique de la quarantaine sur les personnes qui la subissent. Les résultats révèlent la présence d’un stress psychologique modéré pour 35 % des répondants et d’un stress sévère pour 5,14 %. L’analyse de ces études indique que la durée de confinement elle-même est un facteur de stress : une durée supérieure à 10 jours est prédictive de symptômes post-traumatiques, de comportements d’évitement et de colère.

L’homme est un animal social. Aristote disait plus précisément : « L’homme est par nature un animal politique ». Il existe grâce au social : il n’acquiert son statut d’homme qu’au sein de la vie collective. En effet, les liens sociaux déclenchent en nous un processus addictif : nous en avons besoin pour nous développer. Dès la naissance, le bébé est dépendant du lien à un adulte qui prend soin de lui. Sans ce lien, il se laisserait dépérir. D’ailleurs quand on sépare un bébé de sa mère, il commence à pleurer. C’est un cri d’alarme qui résonne à 90 dB, car il peut être en danger de mort s’il est abandonné. La relation bienveillante, le toucher, les caresses, activent en nous des circuits biochimiques qui inhibent la douleur psychologique. Nous sécrétons alors des opiacés, de l’adrénaline, de la sérotonine et de l’ocytocine qui améliorent notre capacité à répondre au stress.

Pour ces raisons, l’isolement présente un risque sanitaire majeur. Des études sur les personnes âgées et l’isolement social concluent que ceux qui sont privés d’interactions sociales adéquates sont deux fois plus susceptibles de mourir prématurément que les autres. L’isolement social réduit les défenses immunitaires et augmente les inflammations ; il augmente le risque de mortalité pour le rendre comparable à celui des fumeurs ; et il est à peu près deux fois plus dangereux que l’obésité.

Les psychologues évolutionnistes expliquent que la solitude active en nous des mécanismes de survie primaires, comme le combat ou la fuite. En effet, pour les premiers humains, se retrouver séparés de leur tribu dans une monde sauvage et hostile pouvait représenter un danger mortel.

Mais alors, courons-nous tous le risque de devenir fou en confinement?

Heureusement non ! Bien sûr, le confinement met nos ressources psychologiques à rude épreuve mais notre psychisme est également capable d’une formidable adaptation aux nouvelles contraintes. Les psychologues ont étudié les effets du confinement dans des conditions encore plus extrêmes que celles dans lesquelles nous vivons actuellement : en prison ou dans des milieux hostiles à la vie, que ce soit sous l’eau pour les sous-mariniers ou dans l’espace pour les astronautes. L’accumulation des données sur le comportement de ces champions du confinement nous permet d’en tirer des leçons importantes :

  • Organiser son temps

La modification de notre rapport à l’espace modifie notre rapport au temps. Dans les années 60, afin d’étudier nos cycles biologiques naturels, le scientifique Michel Siffre se confine seul dans un gouffre durant deux mois sans aucun moyen de mesurer le temps qui passe. Il constate que son horloge interne se ralentit. Ses journées passent deux fois plus vite: chacune de ses secondes en confinement en vaut deux dans la réalité. Afin d’éviter cette distorsion du temps pour les astronautes, le groupe de recherche Behavioral Health and Performance (BHP) de la NASA recommande d’organiser des événements qui « aident l’équipage à marquer le passage du temps ». Il est donc utile de continuer à planifier des tâches à respecter pour rythmer votre journée pendant le confinement. S’exposer à la lumière du jour le matin permet également de recaler son horloge biologique sur un rythme naturel.

  • Maintenir du lien social

Comme rappelé précédemment, vivre isolé les uns des autres est contre-nature et perçu comme un danger pour l’organisme. Il vaut mieux être confiné avec sa “tribu” que seul, mais il est également important que les membres qui composent cette tribu soient solidaires et bienveillants les uns des autres. Pour les personnes qui vivent des maltraitances domestiques durant le confinement, je rappelle qu’un numéro dédié, le 3919, fonctionne du lundi au samedi de 9 à 19h. Un dispositif a également été mis en place afin de pouvoir signaler des situations de maltraitance dans les pharmacies de quartier. Les moyens de communication actuels nous permettent de maintenir du lien facilement les uns avec les autres. Dans la station spatiale internationale, les communications avec les familles sont encouragées et chaque astronaute doit en théorie avoir un entretien d’au moins 15 minutes toutes les deux semaines avec un psychologue ou un psychiatre.

  • Trouver un moyen pour faire du sport et garder un contact avec la nature

Une étude a montré que les prisonniers qui possédaient une cellule avec vue sur la nature avaient un meilleur moral que ceux qui avaient la vue sur un mur. L’effet positif de l’activité physique et du contact avec la Nature sur notre équilibre psychique est prouvé scientifiquement : ils permettent de nous apaiser et offrent à nos sens un moyen de briser la sensation d’enfermement. Dans les pays scandinaves, les activités sportives ou en extérieur peuvent être ordonnées sur prescription médicale. Les pays du Nord ont même inscrit un droit d’accès à la Nature dans leur constitution. Les astronautes constatent aussi que le fait de cultiver des plantes en étant confiné a un impact très positif sur leur moral. Les personnes possédant un espace extérieur pendant le confinement seront bien évidemment avantagées, mais prendre soin d’une plante en appartement peut également apporter cet effet revitalisant.

  • Trouver une occupation qui contribue à l’épanouissement personnel

Se cultiver, la musique, la danse, le chant sont des activités qui offrent les avantages de stimuler à la fois le sensoriel, le cognitif et la sociabilité. Ce sont des activités thérapeutiques qui nous aident à surmonter les moments difficiles. Au-delà des loisirs, le fait de donner du sens aux raisons pour lesquelles nous nous privons de lien social en cette période de pandémie mondiale peut également être un moteur puissant pour notre motivation. L’être humain a cette capacité de se priver de certaines satisfactions pulsionnelles immédiates pour favoriser une autre satisfaction plus noble, moins egocentrée et moins immédiate. C’est ce moteur qu’utilisent les artistes pour produire leurs oeuvres. Freud appelle cela de la sublimation. C’est un mécanisme de défense très efficace qui nous permet de surmonter nos frustrations personnelles au quotidien, afin de vivre plus sereinement en société. Les actes altruistes libèrent en nous de la dopamine qui nous procure du plaisir. Le manque de nos interactions sociales habituelles peut donc être supporté en remplaçant le plaisir qu’elles nous apportent d’ordinaire par un plaisir plus altruiste : celui de pouvoir agir sur un niveau social encore plus large. Spinoza définissait la joie comme “le passage d’une moindre perfection à une perfection plus grande” : c’est aussi ça la sublimation ! Actuellement nous sommes tous capables de rester chez nous pour sauver la vie d’autres personnes : soyons fiers et satisfaits d’accomplir ces efforts.

Que faire si je commence à me sentir mal psychologiquement en confinement ?

Si vous commencez à ressentir un mal-être en lien avec le confinement, il est fort probable que vous n’ayez plus la motivation nécessaire pour appliquer les bonnes recommandations énoncées ci-dessus.

Mais pas de panique, vous avez le droit de vous sentir mal. Je dis souvent à mes patients qu’il ne faut pas confondre force et rigidité. Le roseau résiste à la tempête en se couchant alors que l’arbre, qui a un tronc beaucoup plus rigide, cassera plus facilement au vent violent. Que vous viviez votre confinement seul ou en tribu, en appartement ou en maison, les peurs auxquelles nous faisons tous face actuellement sont universelles. Notre confort moderne et les progrès de la médecine nous font habituellement oublier que nous sommes des êtres vulnérables et mortels peuplant une planète à l’équilibre fragile. La psychologie existentialiste s’intéresse à ces angoisses générées par la confrontation de l’individu à ces fondamentaux de l’existence: la mort, la solitude, l’absence de choix déterminés, et la quête de sens. La pandémie mondiale qui s’est déclenchée nous rappelle violemment tous ces fondamentaux auxquels nous ne pouvons pas échapper mais qui nous angoissent. Dépenser de l’énergie psychique pour éviter ces angoisses est inefficace car lorsque l’émotion nous submerge, elle agit comme une vague inarrêtable qui nous tombe dessus et nous rend incapable de raisonner correctement. La réaction la plus adaptée sera alors de laisser s’exprimer l’émotion, attendre que la vague passe et essayer de réfléchir ou d’agir  uniquement lorsque le calme intérieur sera revenu.

En confinement, les stimulations du monde extérieur qui captent habituellement notre attention se raréfient. Il est possible que dans ce monde moins mouvementé, votre pensée prenne une place plus importante. Le rapport que vous entretenez avec votre univers intérieur pourra alors devenir votre pire ennemi comme votre meilleur allié. L’essentiel est donc d’apprendre à cultiver un rapport positif à soi-même. Le fait que vous arriviez à accueillir votre propre mal-être avec bienveillance aura beaucoup plus d’importance que tous les actes que vous vous forcerez à faire pour étouffer vos émotions négatives. Les psychologues ont définis 6 émotions fondamentales présentes chez tous les êtres humains dès leur naissance, quelle que soit leur culture. Il s’agit de : la joie, la tristesse, la colère, le dégoût, la peur, la surprise. Combien de ces émotions sont positives ? Exactement : une seule, la joie. Par conséquent si vous ressentez des émotions négatives en ce moment, cela montre que vous êtes un être humain sensible et vivant qui réagit d’une manière adaptée à son environnement. C’est plutôt une bonne nouvelle vu sous cet angle. Si vous prenez le temps de partager vos ressentis avec quelqu’un, de laisser s’exprimer vos émotions négatives sans vous juger, sans en avoir honte et en comprenant leur légitimité, vous serez ensuite dans de meilleurs conditions pour suivre les recommandations qui vous permettrons de conserver une bonne hygiène mentale.

L’astronaute Bill Anders qui participa à la mission Appolo 8 déclara : « Nous avons fait tout ce chemin pour explorer la Lune, mais le plus important, c’est que nous avons découvert la Terre ». De même ce confinement, ayant pour but de nous mettre à distance du virus, sera peut-être l’occasion pour certains d’entre nous de mieux nous découvrir nous-même.


Et vous ? Etes-vous confiné seul ou en tribu ? En appartement ou en maison ? Avez-vous été surpris, positivement ou négativement, par vos réactions et émotions ? Trouvez-vous que le temps passe plus vite ou plus lentement ? Réussissez-vous à manger, bouger, travailler, discuter vous distraire de manière satisfaisante en confinement ? Videz votre sac !

Régulièrement durant la crise sanitaire, je posterai des articles apportant un éclairage psychologique sur différents sujets liés à la pandémie du Covid-19.

Cet espace vous appartient : vous pouvez l’utiliser pour vider votre sac, me poser vos questions, me proposer des thèmes à aborder, me partager vos ressentis, inquiétudes, espoirs, idées, initiatives en lien avec l’épidémie à laquelle nous faisons face.

Je réponds aux messages via les commentaires de ce blog, facebook, Whatsapp : 07 71 81 16 00. Je vous envoie mon chaleureux soutien à tous !

6 Responses to “[CO-VID(e) ton sac] Notre santé psychique en confinement

  • Emmanuelle Castaigne
    4 months ago

    Merci de cette description vivante et documentée de ce que nous vivons actuellement!
    L’idée de la plante me plait particulièrement!
    Je suis impatiente de découvrir tes prochains éclairages de notre vie

  • Isabelle Billaud
    4 months ago

    Bravo Florence
    C est très intéressant
    J espère quetu vas bien dans ton confinement
    Bises
    Isabelle Billaud
    Maman de Thomas et amie d Emmanuelle

    • Florence de Suremain
      4 months ago

      Bonjour Isabelle, merci pour ton message, ici ça va: je profite du confinement pour écrire. J’espère que tout le monde se porte bien de votre côté. Bises!

  • Jameel Mamode
    3 months ago

    Bonjour Florence

    Superbe article. Bonne inspiration et motivant.

    Merci

Leave a Reply to Jameel Mamode Cancel reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *